Sylvie Charrière

Gagny - Rosny-sous-Bois - Villemomble

Députée de la Seine-Saint-Denis

À l'Assemblée Nationale

Deuxième priorité après l’école primaire, le Ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer a présenté, lundi 28 mai, sa réforme de la voie professionnelle. En novembre 2017, le ministre a confié à la députée Céline Calvez et au chef étoilé Régis Marcon le soin de rédiger un rapport sur l’avenir de la voie professionnelle. Ce rapport, élaboré et enrichi par la rencontre avec les professionnels du terrain, les régions et les branches professionnelles, a été remis le jeudi 22 février 2018. Suite à celui-ci, le Ministre a mené de nombreuses concertation afin d’atteindre un point d’équilibre entre les différents partenaires. Il est également important de noter que la réforme s’inscrit en cohérence avec la réforme de l’apprentissage et de la formation professionnelle entreprise par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud.

 

La filière professionnelle qui accueille un lycéen sur trois (665 000 élèves) doit pouvoir s’appuyer sur une offre de formation qui propose des réelles perspectives aux élèves, une offre de formation adaptée aux besoins des territoires mais également en phase avec les grandes mutations de demain. Toutefois, cette filière souffre d’un déficit d’attractivité : il faut valoriser ces parcours d’excellence et accompagner l’orientation des élèves dès la troisième. Assurer la réussite des élèves engagés dans cette voie, notamment par un accompagnement plus personnalisé, est un des engagements forts formulés par le Ministre de l’Education, alors qu’un lycéen professionnel sur dix sort du lycée sans qualification. Enfin, le taux d’insertion professionnel demeure insuffisant : 34% des bacheliers professionnels et 51% des titulaires d’un Certificat d’aptitude professionnel (CAP) sont au chômage sept mois après l’obtention de leur diplôme. Il faut sécuriser l’insertion professionnelle à travers le développement de l’apprentissage et l’investissement dans des filières insérantes qui répondent aux enjeux contemporains. Dans cette dynamique, trois objectifs ont été identifiés par le Ministre de l’éducation nationale : plus d’accompagnement, plus d’orientation et plus d’opportunités.

Assurer la réussite et sécuriser les parcours

Dès le collège, l’information sur les métiers, les formations, les taux d’insertion à destination des élèves et des familles seront renforcés. Le stage de découverte deviendra un temps crucial de l’année scolaire. Le Président de la République, à l’occasion de son discours du 22 mai sur les banlieues, a annoncé la création d’une Banque de stages qui permettra à 30 000 jeunes issus des quartiers politique de la ville d’obtenir un stage dans le secteur public ou privé.

 

Dans le cadre du lycée professionnel, le baccalauréat professionnel et le certificat d’aptitude professionnel (CAP) seront transformés. Dès la Seconde, des tests de positionnement en français et en mathématiques seront réalisés afin d’adapter les enseignements aux élèves et d’assurer la réussite de chacun, quelles que soient leurs difficultés. Il pourra être préparé en 1, 2 ou 3 ans selon les besoins des élèves. Le parcours en un an sera en priorité proposé à des jeunes issus de Première, Terminale, professionnelle, technologique ou générale. Le parcours en deux ans sera ouvert aux élèves de troisième, comme c’est le cas actuellement. Enfin, le CAP en trois ans sera accessible pour les élèves aux besoins particuliers (notamment issus de Segpa ou d’Ulis). Cette modulation permettra d’offrir à chaque élève un parcours personnalisé pour qu’il puisse s’épanouir

 

Le baccalauréat professionnel deviendra plus lisible, par une spécialisation progressive qui améliorera l’orientation des jeunes. En fin de troisième, les collégiens choisiront une famille de métiers qui regroupera plusieurs spécialités de baccalauréat. Aujourd’hui, on ne compte pas moins de 100 spécialités en baccalauréat professionnel, mais seulement trois spécialités accueillent 2/3 des élèves : gestion-administration, commerce et accompagnement, soins et services à la personne. Ce déséquilibre flagrant démontre une méconnaissance des différentes branches de la part des collégiens et de leurs familles. Cette découverte, au sein des familles de métiers, donnera l’opportunité aux lycéens de Seconde d’appréhender les enjeux d’un secteur d’activité et ainsi, de choisir en Première la spécialité de leur choix. De plus, à l’aide des enseignants, les lycéens seront amenés à construire un projet professionnel solide, dans le cadre des modules consacrés à l’orientation. Par ailleurs, une grande partie du temps scolaire sera dédiée à la formation professionnelle : la durée de formation en milieu de professionnel augmentera au cours des trois années de lycée : de 4 à 6 semaines en Seconde et 8 semaines en Terminale, accordant aux lycéens l’opportunité de mettre en pratique les apprentissages et les enseignements dispensés par leurs professeurs.

 

 Des heures seront également attribuées à la réalisation d’un « chef d’œuvre » tout au long de la formation, qui sera présenté au baccalauréat. Enfin, une plus grande attention sera portée sur le post-bac : deux modules seront proposés aux Terminales professionnelles : un module d’insertion professionnelle et d’entreprenariat pour accompagner leur entrée sur le marché du travail (rédaction de CV et lettres de motivation, par exemple) et un module de poursuite d’études pour les préparer aux attentes de l’enseignement supérieur. Aujourd’hui, seuls 3% des bacheliers professionnels qui rentrent à l’université obtiennent une licence et 61% des étudiants de BTS issus de la voie professionnelle leur diplôme. Pour assurer leur réussite dans l’enseignement supérieur, le ministre de l’Education nationale a annoncé la création de 2000 places en « classes passerelles » entre le BTS et la Terminale.

          

Enfin, l’apprentissage garantit une insertion professionnelle plus rapide. Or, seulement 260 000 jeunes aux niveaux baccalauréat et CAP (dont 23 000 en lycée professionnel) sont engagés dans cette voie. Il est nécessaire d’articuler ces systèmes en ouvrant dans chaque lycée professionnel des Unités de formation par apprentissage (UFA) afin de faciliter les transitions entre la voie scolaire et l’apprentissage. Par ailleurs, en CAP comme en baccalauréat professionnel, une attention sera accordée au développement des savoir-être (codes culturels et sociaux, posture professionnelle), nécessaires à l’intégration dans le milieu professionnel. La co-intervention des professeurs d’enseignement général et d’enseignement professionnel sera renforcée afin de rendre les enseignements généraux plus concrets dans une perspective professionnelle.

Proposer des formations insérantes : une nouvelle carte de formation

Le ministre de l’Education nationale a appelé à remodeler et enrichir l’offre de formation qui prendra en compte l’apparition de nouveaux secteurs d’activité en raison des transitions numérique et environnementale, mais également l’évolution des métiers et compétences.

 

Dès l’été 2018, les diplômes seront rénovés dans le cadre des commissions professionnelles consultatives. Certains baccalauréats professionnels ou certificats d’aptitude professionnelle (CAP) seront impactés directement par les mutations contemporaines, comme le baccalauréat professionnel Transport. Un dialogue accru entre professeurs et professionnels sera encouragé afin d’échanger sur les bouleversements et évolutions que connaissent leurs métiers et secteurs.  Par ailleurs, certaines professions, dans des secteurs en progression, ont des difficultés à recruter.

 

En coopération avec les régions et les branches professionnelles, de nouvelles cartes de formation seront établies. Le développement des secteurs numérique, énergie et environnement sera à l’origine des métiers de demain. Saisir les opportunités, dès aujourd’hui, permettra de garantir à nos jeunes des chances certaines d’insertion professionnelle. En outre, il est prévu de transformer les formations qui insèrent le moins pour correspondre aux dynamiques économiques et territoriales (limiter les effectifs) et de consulter les professionnels pour adapter les apprentissages aux attentes des professionnels.

Valoriser la voie professionnelle et offrir des opportunités : les campus nouvelle génération au cœur des régions

En plus de la mise en réseau des lycées professionnels, territoriale (tissus économiques) et thématique, le ministre de l’éducation nationale a fixé comme objectif de faire émerger au moins trois campus par région à l’horizon 2022. Par ailleurs, un appel à projet de 50 millions d’euros sera lancé à l’été 2018 dans le cadre du Programme d’investissement d’avenir.

 

Ces campus d’excellence sont destinés à devenir des lieux de vie et de formation, dans lesquels les élèves innoveront et acquerront des compétences dans les secteurs d’avenir. Cette volonté de développer ces initiatives s’appuie sur l’expérience des 78 Campus des métiers et des qualifications, lancé en 2013 pour décloisonner les différentes offres de formation et les tissus économiques locaux. Cependant, ces établissements manquent de visibilité : il faut les rendre plus attractifs et s’assurer de l’effectivité de leurs offres.

 

Chaque campus d’excellence regroupera des infrastructures culturelles et sportives, un internat, des établissements d’enseignement secondaire (lycée professionnel) et supérieur, un centre de formation des apprentis (CFA), des entreprises, des incubateurs d’entreprises. Cela permettra de favoriser la mixité des parcours puisqu’un élève pourra alterner entre différents statuts tels que stagiaire, scolaire ou bien salarié (apprenti).

 

Retrouvez ma question au Ministre au sujet de cette réforme :

Ma Question Au Gouvernement à Jean-Michel Blanquer au sujet de la réforme de la voie professionnelle

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