Sylvie Charrière

Gagny - Rosny-sous-Bois - Villemomble

Députée de la Seine-Saint-Denis

À l'Assemblée Nationale

Le 18 avril, j’ai été nommée rapporteure pour avis par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation concernant le projet de loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel. La Commission s’est alors saisie des articles du texte relevant de la certification, de l’apprentissage et de l’orientation : 4, 9, 10, 11, 14, 15 et 16.

 

Forte de mon expérience de cheffe d’établissement et enrichie par des expériences et recommandations des professionnels de terrain, des jeunes rencontrés au cours des auditions que j’ai menées pour la rédaction de mon rapport, j’ai pu contribuer à l’amélioration de ce projet en proposant de nombreux amendements. Ceux-ci ont été adoptés par la Commission des affaires culturelles et de l’éducation et par la Commission des affaires sociales.

 

Dans l’ensemble, ces amendements visent à davantage préparer et protéger nos jeunes apprentis. Par ailleurs, les modifications apportées au texte initial permettent de repréciser et de renforcer le rôle de l’Etat et de l’Education nationale en matière d’accompagnement dans l’orientation.

1. Améliorer l’orientation vers l’enseignement professionnel

L’orientation des jeunes, à l’issue de la classe de troisième, est souvent très difficile. Les jeunes, mal informés, se dirigent le plus souvent vers des formations qui ne correspondent pas à leurs attentes et qui ne leur assurent que de faibles débouchés alors que dans certains secteurs, les entreprises peinent à recruter, faute de candidats. Les amendements que j’ai défendus sont dédiés à améliorer la qualité de l’orientation, couplée avec la mission d’information dévolue aux régions. Accompagner les jeunes dans leur orientation pour les mener vers des filières d’avenir est, pour moi, crucial.
J’ai défendu particulièrement un amendement qui prévoit la création d’une classe intitulée troisième « prépa - métiers ». Elle remplace le dispositif d’initiation aux métiers en alternance (DIMA), dont les résultats se sont avérés décevants. Il s’agit, d’une part, de revaloriser la voie professionnelle qui souffre d’un déficit d’image. D’autre part, cette classe aura pour vocation d’accueillir les élèves désirant s’orienter vers le lycée professionnel ou l’apprentissage afin d’acquérir une connaissance plus fine des métiers et des formations. Ce dispositif leur offrira la chance de formuler des vœux de manière plus éclairée. Par ailleurs, les enseignements dispensés concerneront également l’acquisition du socle commun de connaissances, de compétences et de savoir-être, indispensables à la poursuite d’études dans la filière professionnelle, en recourant à des pédagogies innovantes.

 

Avec le soutien de mon groupe parlementaire, nous avons pu intégrer dans la définition du rôle de l’Etat en matière d’orientation la notion d’accompagnement vers une voie de formation (en plus de la mission d’information). L’Office national d’information sur les enseignements et les professions (ONISEP) délivre une information riche sur l’ensemble des métiers et des formations, à destination des élèves et de leurs familles. Toutefois, bien que ces ressources soient accessibles, il reste difficile pour les plus jeunes ou les personnes les plus éloignées du système scolaire de savoir où et quoi chercher, comment trier l’information. Il incombe donc à l’Etat de définir, au niveau national, une politique ambitieuse d’orientation des élèves et des étudiants, en coordination avec les centres publics d’orientation. Par ailleurs, nous avons ajouté que les actions d’information réalisées par les régions, dans les établissements scolaires, auprès des élèves et des parents devront être organisées en coordination avec les psychologues de l’Education nationale et des enseignants volontaires. Les professionnels de l’Education nationale devront soutenir les élèves dans l’élaboration de leur projet personnel, une fois l’information reçue. A cet effet, les enseignants auront la possibilité de suivre des formations en matière d’orientation.

 

Enfin, un autre amendement concerne la transparence accrue demandée à chaque centre de formation des apprentis et à chaque lycée professionnel. Si l’article 11 leur demande de publier le taux d’obtention des diplômes, le taux de poursuite d’études et le taux d’insertion professionnelle sur le territoire national, j’ai proposé d’élargir cette liste au taux d’interruption en cours de formation et à la valeur ajoutée de l’établissement. Le premier indicateur permettra d’évaluer la capacité des établissements à assurer la réussite et l’accompagnement de leurs élèves, notamment les décrocheurs. Le second indicateur, la valeur ajoutée, qui mesure l’aptitude des établissements scolaires à faire progresser leurs élèves compte tenu de leur niveau initial, incitera les établissements à intégrer les jeunes les plus éloignés de la formation, notamment ceux issus des quartiers défavorisés. Notre objectif est véritablement ici de rétablir l’égalité des chances.

2. Bâtir des formations inclusives et en phase avec les métiers de demain

Aujourd’hui, nombre de formations professionnelles semblent inaccessibles à certains jeunes. Il me semble important de les replacer au centre des priorités afin de créer une société inclusive qui offre à chacun les mêmes opportunités. Ainsi, une nouvelle mission a été confiée aux centres de formation des apprentis (CFA) afin d’accompagner, dans leur démarche, les personnes en situation de handicap souhaitant suivre une formation par apprentissage. Par ailleurs, dans les Contrats de plan régionaux de développement des formations et de l’orientation professionnelles (CPRDFOP) – dont la région dispose pour mettre en œuvre sa politique en la matière –, un amendement rend obligatoire les actions de formations pour des jeunes en situation de handicap mais aussi pour les personnes victimes d’un accident de la vie ou d’une maladie dégénérative pour favoriser leur insertion ou leur réorientation professionnelles. Cette disposition s’ajoute aux plans de formation, prévus par le projet de loi, à destination des jeunes issus des quartiers prioritaires, des jeunes sortis du système scolaire sans qualification et des personnes en recherche d’emploi.

 

De plus, alors que les métiers d’aujourd’hui subiront de grands bouleversements et que de nouveaux émergeront, il nous faut identifier quels seront ces changements et comment les accompagner. Dans cette optique, un amendement donne aux CPRDFOP la mission d’identifier les métiers de demain dans les domaines des transitions numérique, écologique et énergétique.

3. Elargir les missions des CFA et encourager les passerelles entre les établissements

Les centres de formation des apprentis (CFA) et les lycées professionnels constituent l’antichambre avant l’entrée sur le marché du travail. Il est donc indispensable de préparer les futurs salariés à l’environnement professionnel, non seulement en leur apprenant des savoir-être mais aussi en les informant de leurs droits et devoirs et des règles applicables en matière de santé et de sécurité en milieu professionnel. En outre, les CFA devront diriger les jeunes ayant interrompu leur formation ou n’obtenant pas leur diplôme vers les structures compétentes (missions locales, psychologues de l’Education nationale) pour les accompagner dans la définition d’un projet de poursuite d’études.

 

Dans le même sens que la réforme de la voie professionnelle annoncée par le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui tend à favoriser les passerelles entre les filières, un amendement que j’ai porté prévoit pour les régions la possibilité d’encourager, dans le cadre des CPRDFOP, la signature de conventions entre CFA et lycées professionnels. Ces conventions faciliteront le passage des jeunes entre ces deux types d’établissements. Je suis convaincue que la porosité entre les filières constitue l’avenir de notre système de formation professionnelle. 


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